C’est la dernière lecture de mon oncle…

Ou plutôt, c’est ce roman qu’il était en train de lire au moment de sa mort, il y a presque un an. Le marque-page est encore là, figé à jamais entre deux chapitres. Comme un instant suspendu. Comme un souffle interrompu.

Ce n’est pas un grand roman, objectivement. C’est la novélisation du film Valerian — une lecture divertissante, sans plus. Mais pour moi, il a une tout autre portée. Ce livre est devenu un objet de mémoire. Une trace concrète de ce qu’il aimait, de ce qu’il était. Il me semble que même le papier porte encore un peu de lui.

Mon oncle a été celui qui m’a ouvert les portes de la science-fiction. Grâce à lui, j’ai découvert des dizaines d’auteurs que je n’aurais peut-être jamais croisés autrement. Des livres étranges, fascinants, vertigineux. Il m’en prêtait souvent, ou me les donnait carrément. Ce sont ces romans-là qui m’ont formé en tant que lecteur curieux, passionné par les mondes possibles, les futurs lointains, les réflexions profondes cachées sous les vaisseaux spatiaux.

Sur la photo qui accompagne ce texte, on peut d’ailleurs en apercevoir quelques-uns – ces romans marquants qu’il m’a transmis, et qui font aujourd’hui partie de mon histoire à moi. Ces titres-là résonnent avec force, comme des passerelles entre lui et moi, entre sa bibliothèque et la mienne, entre son imagination et celle qu’il a contribué à éveiller chez moi.

Je ne relirai peut-être pas ce Valérian. Mais je le garderai précieusement, comme un dernier chapitre, une dernière page partagée. Parce que parfois, un livre n’a pas besoin d’être exceptionnel pour devenir essentiel.

02/01/2020