Auteur : Kotaro Isaka
Pages : 477
ISBN : 978-2-258-20181-1
Aller simple pour Morioka : à bord d’un Shinkansen, cinq tueurs se disputent une valise pleine d’argent. Qui arrivera à destination ? En gare de Tokyo, Kimura s’apprête à monter dans le Shinkansen, le train à grande vitesse japonais, avec une arme à feu cachée dans son sac. Sa cible ? Un collégien qui a poussé son fils de 6 ans du haut d’un toit, le laissant entre la vie et la mort. Mais Kimura ignore qu’il est loin d’être le seul passager armé.
Parmi les voyageurs se trouvent aussi Lemon et Tangerine, les hommes de main d’un gangster qui doivent lui ramener son fils, victime d’un kidnapping – ainsi que la valise contenant la rançon. Et puis Nanao, un assassin malchanceux chargé de récupérer ladite valise. Une situation explosive, en particulier quand tout ce petit monde est voué à se croiser dans les wagons de ce bullet train…
Kotaro Isaka signe avec Bullet Train un road movie… sur rails !
Un huis clos à grande vitesse, porté par une galerie de personnages aussi déjantés que dangereux, embarqués dans un train lancé à toute allure entre Tokyo et Morioka. Une véritable bombe à retardement sur rails, où les trajectoires s’entrechoquent et où personne ne sait qui arrivera vivant au terminus.
Ce que j’ai adoré, c’est avant tout le style de l’auteur. Isaka a une plume vive, inventive, parfois absurde, mais toujours précise. Ses dialogues sont un véritable bijou : ils jonglent habilement entre humour noir, tension et étrangeté, tout en dessinant des personnages qu’on n’oublie pas de sitôt. Il y a quelque chose de théâtral, presque tarantinesque, dans la manière dont les conversations prennent de l’ampleur, se croisent, s’interrompent ou… déraillent !
Mention spéciale au duo des Agrumes — Mandarine et Citron — qui volent littéralement la vedette. À la fois drôles, imprévisibles et étrangement attachants, ils apportent au récit une dose d’humanité décalée et de folie douce, sans jamais tomber dans la caricature. Mais ils ne sont pas les seuls à marquer les esprits : Bullet Train regorge de figures singulières, chacune avec son passé, ses obsessions et sa logique propre. On se surprend à s’attacher à ces tueurs malchanceux, à compatir avec leurs dilemmes absurdes et à savourer les dialogues décalés qui les opposent. Isaka réussit à créer une véritable symphonie de personnages, aussi contrastés qu’inoubliables.
Mais si j’ai été séduit par l’univers, l’ambiance et le ton du roman, j’ai aussi trouvé que le rythme aurait pu être plus soutenu. Bullet Train aurait gagné à perdre une bonne centaine de pages. Certaines scènes s’étirent, certains détours alourdissent le récit. Résultat : on sent par moments la machine ralentir, comme si elle faisait escale là où elle aurait dû filer tout droit.
Ce roman n’a pas réussi à se hisser parmi mes coups de cœur, principalement à cause de quelques longueurs qui ont freiné ma lecture. Mais malgré ce rythme inégal, ce sont les personnages qui m’ont profondément marqué. Leur humanité, leurs failles, leurs liens… et surtout, leur humour souvent inattendu, qui a su allumer des étincelles même dans les moments les plus sombres. Grâce à eux, cette histoire restera longtemps en mémoire.
Cela dit, le charme opère facilement. L’intrigue est maligne, le style est là, et la lecture vaut clairement le détour pour quiconque aime les récits décalés, nerveux et portés par une narration atypique. Le tout dans une ambiance aussi absurde que létale, où même les tueurs à gages donnent l’impression d’avoir besoin d’un bon break… ou d’un bon câlin !
04/08/2025




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