Moi, je suis un lecteur de compétition !
Portrait d’un sportif assis.
On sous-estime souvent la lecture. Les gens pensent que c’est une activité calme, un passe-temps paisible, un truc qu’on fait en pantoufle, avec une tasse de chocolat chaud et un chat endormi sur les genoux.
Non.
Lire, c’est un sport extrême. Point.
Parce que, parfois, ton cœur s’emballe comme si tu venais de courir un 100 mètres. Tes mains tremblent, tes yeux refusent de cligner. Tu luttes contre le sommeil pour « juste un chapitre de plus » et tu te retrouves aux petites heures du matin, au bord de l’épuisement… mais incapable de poser le livre. Il y a les chocs émotionnels, les accélérations de rythme, les suspenses qui te coupent le souffle.
Et quand arrive le dénouement, c’est comme franchir la ligne d’arrivée : les jambes molles, mais l’âme en feu.
Et pour te montrer que je ne plaisante pas, voici quelques épreuves dignes d’un vrai athlète de lecture…
Sport extrême, version papier
Assis, mais prêt à tout !
Je m’entraîne depuis l’enfance. Les premières années, j’ai travaillé ma vitesse de lecture. Pas pour épater la galerie, mais pour réussir à finir un chapitre avant que mes parents ne remarquent que ma lumière de chevet était encore allumée à 23h. Bon, à l’époque, « un chapitre » voulait dire une page et demie de BD. Parce que les gros romans, très peu pour moi : je trouvais ça intimidant, trop lourd… et puis, franchement, où sont les images ?
Ça s’appelle la lecture clandestine : discipline où il faut tourner les pages vite, mais en silence, tout en simulant un visage « endormi » au moindre bruit suspect dans le couloir.
Ensuite, j’ai attaqué l’épreuve reine : l’endurance. Lire jusqu’à 3h du matin un soir de semaine, alors que le réveil est réglé sur 6h25. Ça demande une volonté de fer et une capacité d’auto-sabotage rare. Se lever avec des cernes qu’aucun correcteur ne couvre, mais être heureux parce que « ça valait la peine ».
Évidemment, ça ne valait pas la peine, mon patron m’a demandé si j’étais malade. Mais bon, au moins j’ai fini le livre.
Puis il y a la gestion des risques. Lire dans le bain ou la piscine ? C’est du plongeon acrobatique avec option catastrophe ou de la nage synchronisée avec risque de noyade livresque. Un faux mouvement et hop, le roman prend un bain lui aussi. Les pages gondolées deviennent alors une médaille d’honneur : « Celui-là, je l’ai lu en apnée… » Oui, bon…
La lecture, c’est aussi un sport acrobatique. Accroupi dans le canapé, à moitié couché dans le lit ou avec le cou tordu pour grappiller un rayon de lumière, le lecteur aguerri n’a peur d’aucune position. Et comme tout bon athlète, il muscle aussi son visage : sourcils froncés devant un rebondissement, yeux écarquillés au suspense, sourire béat à la moindre scène émouvante… Une routine qui ferait transpirer même les statues du musée !
Côté cardio, le lecteur sait aussi varier les rythmes. Après le marathon des 300 pages avalées d’une traite, il y a les sprints : terminer un chapitre avant le quart de travail ou boucler une scène cruciale avant que le micro-ondes ait fini son bip bip bip final. Un sport où la ligne d’arrivée se déplace toujours un peu plus loin… surtout quand l’histoire est bonne.
Lecteur de compétition : ça ne rigole pas !
Je m’assois, le livre ouvert… et soudain, le salon disparaît. La pile de romans devient une montagne escarpée, les pages tourbillonnent comme des mini-tornades, et le marque-page se transforme en corde magique pour ne pas tomber dans le vide. Mon chocolat chaud surgit comme un volcan en fusion, et mes lunettes, complices ou rebelles, menacent de glisser dans le vide.
Chaque chapitre est une expédition périlleuse, chaque paragraphe un territoire inconnu où dragons de mots et rivières de phrases me défient à chaque ligne. Quand je ferme le livre, je suis trempé de gloire… comme si j’avais survécu à une véritable odyssée littéraire.
Alors oui, vous l’avez compris : lire, c’est du sport… et pas pour les amateurs !
Je ne vous parle même pas de la lecture en déplacement, la version « marche rapide » : avancer dans la rue, livre à la main, évitant les lampadaires de justesse, ignorant les klaxons. Comme un slalom entre piétons en ski alpin urbain. Un point bonus si on réussit à traverser la rue sans lever les yeux (je ne recommande pas, même dans sa propre maison c’est risqué… souvenir douloureux d’un exploit que j’ai déjà tenté).
Et puis il y a les épreuves imprévues, comme résister à l’achat d’un nouveau livre alors qu’on a déjà 38 romans en attente à la maison. C’est un peu comme passer devant un bon restaurant en jurant qu’on n’a pas faim. On sait très bien comment ça finit : une poutine de plus dans la bedaine… La clé, c’est simple : éviter les librairies comme un athlète évite la malbouffe… et échoue avec exactement la même constance.
Il y a aussi l’épreuve physique pure : porter un roman de 600 pages. Tu crois que c’est rien, jusqu’au moment où tu dois le trimballer toute la journée dans ton sac à dos. Au bout d’un moment, ça devient un haltère. Les crampes aux doigts sont la blessure classique du lecteur de haut niveau.
Lire allongé ? Tu découvres vite que garder un pavé au-dessus de ta tête pendant dix minutes, c’est du renforcement musculaire. Et quand tes bras fatiguent, tu prends LE coup fatal : le livre qui t’échappe et te tombe en plein visage. Voilà, blessure de lecture. Tous les sportifs connaissent ça les blessures.
Enfin, la plus difficile de toutes : l’épreuve émotionnelle. Cette montagne russe où l’on pleure, rit et panique en trois pages. Où on ferme le livre juste pour le poser sur nos genoux et se demander : « Comment je vais vivre, maintenant, moi, après ça ? » Et puis, comme tout athlète, on remet ça le lendemain… avec les mêmes muscles endoloris et un mental d’acier. Enfin, surtout l’index, pour tourner les pages.
Porter une pile de livres, c’est du sport de haut niveau ça aussi. Déplacer une pile de romans, c’est comme affronter une avalanche… chaque livre pèse une tonne, menace de t’écraser à tout moment, et toi, héroïque, tu avances quand même, évitant les meubles comme un ninja.
Mais, parfois ça marche pas…
Athlète assis, mais athlète quand même !
Qui a dit que les héros devaient courir ?
Alors oui, la lecture est un sport extrême. Ça demande de l’engagement, de la passion, une force non négligeable et une capacité incroyable à sacrifier des heures de sommeil pour « juste un chapitre de plus ».
Et si un jour, quelqu’un me demande si je pratique un sport… je pourrai répondre :
— Oui, et pas un sport de petit joueur.
Parce que moi, je fais du livre de compétition !
Comme quoi, je suis peut-être assis, mais je suis un sportif pareil : chaque page tournée compte pour mon record personnel.
Lire, c’est un sport extrême. Entre la pyramide de livres à déplacer, le sprint final du chapitre et l’acrobatie pour tenir la page ouverte… je mérite clairement une médaille !


