Ma pile à lire (PàL) est devenue un monstre !
Confessions d’un Lecteur en Retard : quand les livres te jugent en silence.
Au départ, c’était une petite pile bien sage. Trois, peut-être quatre livres, posés bien droits sur une petite tablette. Rien d’inquiétant. Une promesse d’évasion, quelques heures de plaisir littéraire bien planifiées. Un futur qui garantissait du plaisir !
Et puis… quelque chose a dérapé. Avec le temps, j’ai ajouté quelques romans.
Beaucoup de romans.
Aujourd’hui, ma pile à lire est devenue un monstre.
Elle est vivante. Elle respire. Elle prend de la place — physique et mentale. Elle gronde parfois quand je tente de l’ignorer. Et malgré tout, je continue de la nourrir.
Volontairement.
Alors je me suis posé la question : est-ce normal ? Suis-je normal ?
Syndrome de la collectionnite aiguë
Accumuler des livres, mais ne jamais ouvrir la porte de leurs promesses…
J’ai toujours aimé les livres. Même enfant, lorsque je n’aimais pas encore vraiment lire. Je les collectionnais, je les chérissais. Aujourd’hui, j’adore la lecture. Et ma pile à lire déborde.
Un livre en amène un autre. Un conseil d’ami, une critique élogieuse, un passage en librairie « juste pour voir »… et paf, un nouveau pensionnaire dans la pile. Je suis atteint d’une sorte de réflexe pavlovien : la collectionnite aiguë ! Chaque livre intéressant DOIT rejoindre les autres, chez moi, même si je sais très bien que je ne le lirai pas tout de suite. Peut-être jamais ? (Non, ça, c’est trop cruel. Évitons d’y penser. Ok, je change de sujet.)
Le pire ? Je les aime, ces livres. Je les regarde comme on regarde des valises prêtes pour un voyage qu’on a trop longtemps repoussé. Je rêve à leurs pages, à leur odeur, à ce qu’ils me promettent entre leur pages. Mais je ne les ouvre pas.
Pas encore.
Parce que j’ajoute toujours d’autres romans… que je lis avant cette pile à lire monstrueuse.
La culpabilité du lecteur…
Un complice silencieux qui gronde à chaque livre ajouté.
C’est là que le monstre devient sournois. Il ne rugit pas : il soupire. Il juge dans son coin. Il se cache derrière une pile de livres, là, juste devant moi (tout autour en fait), comme un mur silencieux de papier et d’encre. Chaque livre non lu devient un rappel discret de mes manques de temps, d’organisation, ou pire… de motivation. Ces ouvrages, autrefois des promesses d’aventures, de découvertes et d’émotions, se transforment en témoins silencieux de mes échecs. Ils m’observent, accumulant poussière et déceptions, tandis que je les contourne sans leur accorder l’intérêt qu’ils méritent.
Parfois, ce monstre prend une forme plus insidieuse. Il ne me parle pas directement. Il ne me hurle pas d’ouvrir une page, de lire enfin. Non. Il murmure plutôt dans l’ombre de mes pensées, me rappelant que je n’ai pas pris le temps de plonger dans ces univers qui m’appellent. Il me fait sentir qu’un mauvais choix a été fait quelque part, que ce temps dédié à la lecture n’a pas été pris de la manière qu’il se devrait. Et plus le temps passe, plus le poids de ces livres non lus semble grandir…
Certains jours, je me sens coupable d’avoir tant de trésors en attente, comme si ces livres me condamnaient silencieusement. Comme si j’étais un mauvais lecteur. Comme si je devais m’excuser auprès d’eux. Comme si ne pas avoir trouvé le moment, l’énergie ou l’état d’esprit pour ouvrir leurs pages me rendait indigne de me qualifier de véritable lecteur passionné. La culpabilité devient omniprésente. Est-ce que mes autres priorités, mes autres distractions, m’éloignent de ce qui devrait être un plaisir, un moment de détente ?
Mais est-ce vraiment un problème ?
Apprendre qu’un livre non lu n’est pas un échec, mais une promesse en attente !
Peut-être que, dans cette sensation de culpabilité, je me fais des ennemis imaginaires. Oui ! Ça ne peut être que ça ! Peut-être que cette montagne de livres non lus ne devrait pas être un fardeau, mais un signe de richesse. Après tout, chaque livre sur cette pile représente une possibilité d’évasion, une promesse d’une aventure à venir. Ces livres ne me jugent pas. Ils n’attendent rien de moi, sauf que je les ouvre quand le moment sera juste. Peut-être que ce n’est pas une question de quantité, ni de respect des délais imposés, mais de qualité et de moments choisis. Le vrai problème, peut-être, réside dans cette idée que la lecture doit se conformer à un idéal de productivité, comme si tout devait se faire rapidement et sans pause.
Et si le véritable enjeu était simplement de lire lorsque l’envie se manifeste, sans pression ? Quand l’envie est là, les pages se tournent avec une aisance et une joie infinies. Et si cette pile de livres non lus était simplement là pour me rappeler que, malgré tout, je suis riche de possibles et que le temps de lire viendra quand je serai prêt ?
Oui. C’est certainement ça.
Ainsi, peut-être que la question à se poser n’est pas « pourquoi je n’ai pas encore lu tout ça ? ». Peut-être que ce serait plutôt « pourquoi devrais-je me sentir coupable d’avoir tant de livres à découvrir ? » Peut-être que chaque livre non lu est un trésor en suspens, un peu comme une étoile qui attend d’être découverte, et qu’il n’y a pas de mal à prendre son temps pour en apprécier toute la lumière !
Je lirai les livres de ma PàL. Mais à mon rythme !
Et si on faisait la paix ?
Ma pile à lire n’est pas un fardeau, c’est mon monstre à moi, fidèle et prêt à m’emporter dans des mondes infinis !
Et si, au fond, ma pile à lire n’était pas un fardeau mais juste un miroir de mes envies ? Une réserve de promesses, de mondes à découvrir et d’émotions en attente. Une pile de romans qui peut sembler monstrueuse par moments, mais qui, en y regardant de plus près, s’avère finalement être une carte au trésor sans fin, dont chaque livre est une île à découvrir.
Je dois arrêter de voir ma PàL comme un monstre… Il est possible au final de commencer à la considérer comme une compagnie fidèle. Une bibliothèque ambulante, imprévisible, un peu folle, mais toujours prête à m’accompagner. Et à m’étonner.
J’ai mon compagnon de lecture qui m’attend. Plein de compagnons. Rien que pour moi !
Alors oui, ma pile à lire est devenue un monstre. Mais c’est le mien. Mon monstre à moi.
Pis quelque part, je l’aime comme ça !
Je l’avoue sans honte. J’achète trop de livres. Bien plus que je n’en lis. Il y a cette joie un peu folle de posséder une histoire, de la faire entrer chez moi, comme on adopte un futur compagnon de route. Ma bibliothèque déborde, mes piles s’élèvent dangereusement, et pourtant… je continue.
Je nourris la bête.
Parce qu’un livre, ce n’est jamais un achat inutile. C’est une promesse, un monde en attente !
Et là, je me sens bien.
Et tant pis si je n’arrive jamais à tout lire. L’important, c’est de continuer à rêver !
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